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Kisangani: des alternatives à la chasse pour améliorer les conditions de vie des communautés forestières

Depuis 2012, aux dernières statistiques démographiques, la population de Kisangani et d’autres centres urbains de la province de la Tshopo ne cesse d’accroître énormément. Des nouveaux parages naissent. La ville s’approche à 2 millions d’habitants, dont une majorité dénote la pauvreté. Cette croissance démographique entraîne une demande croissante de la viande de brousse, ce qui a des conséquences néfastes sur la faune, les moyens de subsistance et la sécurité alimentaire. Le centre de recherche scientifique internationale (CIFOR) tente, à travers une campagne lancée depuis le 01 février, de sensibiliser le grand public sur l’importance de réduire la consommation de viande de brousse en ville.

Une menace aux espèces protégées

Viande des brousses exposée sur un étalage au marché central de Kisangani ©Serge SINDANI

Lemba, 36 ans, est un chasseur depuis sa petite enfance, inspiré de son père. Il habite la rive droite sur la traversée de la grande rivière Tshopo dans la profondeur de la commune Mangobo, à Djubain, un somptueux village où le soleil est moins émoustillant, un environnement serein et une culture diversifiée. Ce centre rural est au cœur d’une petite forêt dense, au tour des eaux. Les habitants sont quasiment pêcheurs, mais parmis eux des chasseurs. À 10 ans, Lemba s’invente dans la chasse. Aujourd’hui, il subvient aux besoins de sa famille, à travers cette activité maîtresse. Très souriant, il a répondu vendredi 19 février à nos questions.

«La chasse est mon activité. C’est pas un hasard, mon père (Evariste) m’a forgé dans la chasse. Aujourd’hui, je vis de cette activité. J’ai deux enfants garçons, tous, étudient.» raconte ce chasseur, très connu du public qui s’amasse chez lui pour passer des commandes de viande de brousse.

«Auparavant, on utilisait les pièges et les appâts. aujourd’hui, j’ai 6 chiens de chasse et une arme type calibre 12. avec ça, c’est vite fait, nous tuons fréquemment de gibiers et vendrons pour subvenir aux besoins domiciliers. c’est ma vie. Je n’envie pas la pêche, avec tous les risques de l’eau.» avoue-t-il.

Cependant, Lemba estime que l’État ne peut lui empêcher de réaliser cette activité. «l’État doit alors nous cherche d’autres alternatives. Tala pauvreté, toza na ngo (ndlr regarder notre pauvreté.)» soutient-il.

En République démocratique du Congo, la chasse n’est pas interdite, selon les règles qui régissent ce secteur. Cependant, la chasse est limitée. Dans ce domaine, l’État limite l’étendue réservée à opérer cette pratique forestière. Il y a des espèces vulnérables et des espèces en voie d’extinction ou celles qui sont sur la liste rouge. Ces animaux sauvages de brousse ne peuvent pas être chassés, ni tués.

Vue aérienne du Marché central de Kisangani © kis24info

À Kisangani, ces prérogatives légales ne sont pas obtempérées ni mises au devant par les chasseurs, qui n’ont pas d’autres alternatives à leur besogne quotidienne, la chasse. Ceci met en mal la faune sauvage abusivement exploitée et entraîne la disparition des espèces protégées d’où les mammifères rares, les chimpanzés, les singes, les antilopes, etc.

Néanmoins, au cœur de la recherche forestière du bassin du Congo, la faculté des sciences de l’Université de Kisangani abrite un centre international des recherches scientifiques sur la forêt. Jonas Muhindo est expert senior en gestion de la faune au CIFOR. Il mène des recherches sur la protection de la forêt communautaire. Dans ses approches panoramiques, il révèle que la chasse qu’il qualifie «abusive» et «excessive» a des conséquences exécrables. les chasseurs sont, soutient-il, à la base de disparition de ces espèces rares.

«Dans une communauté forestière, alors que tout le monde est censé connaître la loi, les chasseurs tuent des espèces rares, pourtant censées être protégées» confie Jonas Muhindo.

«Ça nous met mal à l’aise. Ils savent la loi sur la protection de ces espèces mais tout simplement par qu’ils vivent dans une communauté forestière, ils pensent tout de même que la forêt leurs appartienne et qu’ils ont le droit de faire la chasse que moi j’appelle une chasse abusive ou excessive.» a-t-il ajouté dans une longue interview accordée à POLITICO.CD, vendredi 19 février 2021.

Et d’ajouter:

«les chasseurs sont à la base de prélèvement ou de l’épuisement des espèces qui vivent dans la forêt. La chasse est l’unique activité qui est dans leur milieu. Ils chassent chaque jour, tout le jour

Penser à des générations futures

Dans certains villages, au tour de Kisangani, certains fils des chasseurs souffrent de la «malnutrition.» Des évidences ont démontré que les chasseurs préfèrent vendre leurs produits de brousse, les gibiers. Ceci entraîne la privation de leurs enfants en proteines animales.
La chasse régulière est donc considérée comme une activité génératrice des revenus pour l’équilibre économique dans les familles. Scolariser les enfants, les vêtir et d’autres premières nécessités.

Pour sortir de ces impacts négatifs, Jonas Muhindo propose la mise en pratique d’une chasse durable, celle-ci vise à limiter dans le temps et dans l’espace les activités de chasse. «Ces chasseurs doivent normalement respecter la période de fermeture et d’éviter de chasser les espèces en voie de disparition ou soit les espèces protégées.» souhaite-t-il.

« Nous devons penser à la génération future. » encourage cet expert en forêt.

Et de s’inquiéter:

«avec cette allure de l’augmentation de la population surtout ici à Kisangani, cette croissance démographique permet à ce qu’il y a un pouvoir d’achat. Donc il y a une forte demande de la viande de brousse. Et nos antilopes que nous voyons aujourd’hui, pourront fuir. Quand quelqu’un fait la chasse en pensant qu’il subvient aux besoins de la famille, il oublie des répercussions parce qu’il extermine les espèces que les petits-fils ne verront pas…»

La nouvelle campagne du CIFOR. vise à encadrer les chasseurs avec d’autres activités, outre la chasse et parvenir à diminuer la consommation de la viande de brousse. Les experts de ce centre soutiennent la production locale dont l’élevage et l’agriculture, comme des alternatives à la chasse. D’après ce centre de recherche forestière international, il n’est pas question de sensibiliser à mettre fin à la chasse ou à la consommation de la viande de brousse mais plutôt à faire comprendre les communautés sur le rôle que joue la faune sauvage et les sensibiliser à adopter d’autres alternatives à la chasse.

>>LIRE AUSSI: http://kis24.info/2021/02/08/tshopo-koyeba-yangambi-une-exposition-photographique-avec-du-materiel-inedit-sur-le-centre-de-recherche/

Serge SINDANI

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