Le docteur Jean Yagi SITOLO, gouverneur de la province orientale  dans les années 1997 à 1998, n’est plus sur la terre de ces ancêtres depuis tôt le matin de ce mercredi 15 janvier 2020.

L’annonce de cette triste nouvelle s’est rependu dans les réseaux sociaux avant la confirmation des proches de sa famille depuis Kinshasa, la capitale où le défunt connu sous le surnom du “grand cantonnier” y était pour des soins de santé.

Dismas Kitenge, enseignant à l’Université de Kisangani et Président du “Groupe Lotus”, une organisation non gouvernementale des défenses des droits humains, reconnait de cette icône de la RDC, une personnalité des qualités et d’une constance dans la lutte contre la dictature de Mobutu.

Comme certains d’entre nous, je viens d’apprendre la triste nouvelle du décès du Dr Yagi Sitolo Jean de sa famille. Je suis profondément bouleversé par cette nouvelle de la perte d’un digne fils de la province orientale, du pays et les souvenirs de ses œuvres et de ses qualités ne cessent de défiler dans ma tête et dans mon esprit. Je vois l’homme que j’ai rencontré et connu d’abord dans la lutte contre la dictature du régime Mobutu. En 1990, le lendemain de la démocratisation, Jean Yagi Sitolo est membre de l’UDPS et avec une poignée d’amis et prêtres, nous créons les premières ONG de défense des droits humains de Kisangani. Certains de nos objectifs se croisent: sortir la population de Kisangani et de la province orientale, haut Zaïre, de la peur de la dictature, promouvoir et défendre la démocratie et les droits humains. Jean Yagi bravera la peur en s’engageant dans les actions de sensibilisation et de la promotion de la démocratie dans une ville et dans une province réputées acquises au régime de Mobutu et où le parti-état MPR avait beaucoup de militants, dirigeants et de soutiens. C’était trop risqué et de l’audace. Il commencera à vivre l’isolement et la stigmatisation par ses frères et sœurs de la province qui le trouvent comme traitre qui adhère au parti considéré comme des Baluba. Cela ne découragera pas Jean Yagi Sitolo jusqu’à l entrée de l’AFDL, le 15 mars 1997 où jean Yagi Sitolo est élu gouverneur de la province à l’issue d un vote populaire au stade Lumumba organisé par l’AFDL. Ils seront élus vice gouverneur le Pr Noël Obotela et Me Alauwa maire de la ville de Kisangani.
Le trio dirigera la province et la ville de Kisangani de mars 1997 à août 1998. Ils vont s’illustrer par la proximité avec la population, leur accessibilité et les travaux de réhabilitation des routes avec des moyens de bord. C’est pendant cette période qu’il sera dénommé le grand cantonnier et que par notre plaidoyer et projet avec l’Abbé jean pierre Badidike en faveur des victimes des inondations de novembre et décembre 1997 la cité canadienne sera lotie et construite. C’est grâce à Yagi, Obotela, Alauwa et les organisations de la société civile que cette cité canadienne avec les fonds du gouvernement canadien verra le jour. Au moment où la ville est sous menace de la rébellion du RCD née le 02 août 1998, Jean Yagi Sitolo organise la résistance populaire contre les rebelles avec des moyens de bord et presque abandonné de Kinshasa.
Le 23 août 1998 la ville de Kisangani tombe entre les mains des rebelles du RCD. Yagi Sitolo Jean et Obotela s’nfuient à Kinshasa en pirogue. Tandis que Me Alauwa entre en clandestinité et protégé par la population et la société civile. Arrivé à Kinshasa il est accueilli par Mzee en résistant et plus tard nommé ministre. À la création du PPRD, il est là et en 2004 Ministre de la santé. En 2006, la population de Kisangani se souvenant de ses actions de grand cantonnier va l’élire sans moyen financier important député national ayant fait beaucoup de voix. Sa descente aux enfers sur le plan politique commence après 2011 où il n’a plus été réélu dans cette ville qu’il a beaucoup aimée et où il y a consacré une bonne partie de sa vie.” a témoigné à kis24.info, Dismas Kitenge.

Et à lui de poursuivre:

On retiendra de Jean Yagi Sitolo sa simplicité même comme gouverneur car il saluait ses amis et connaissances en plein cortège officiel en arrêtant sa voiture. Son cortège n’avait pas de sirène et était moins nombreux. Accessible même en dehors des heures de service et chez lui à la maison. Rassembleur et non tribal ou provincial: dans son cabinet, il y avait un bon nombre des non originaires. Nationaliste: il a aimé son pays jusqu’au bout même si ce dernier ne s’est plus souvenu de lui. Il a défendu la ville de Kisangani sans moyen. Travailleur: il arrangeait les routes avec ses cantonniers qu’il a engagés. D’où le surnom de grand cantonnier et il aimait voir sa province décoller. Incorruptible: d’après une des confidences me faites par lui-même en 2010 à Kisangani alors qu’il était député encore la cause de son effacement politique au sein de son parti c’est pour avoir refusé un marché à une société fictive d’un baron du régime politique de Mzee Kabila. Homme de conviction politique: il a accepté de militer au sein de l’UDPS malgré le rejet de ses frères et sœurs, même rejeté et effacé du PPRD, il s’est confié en moi en me déclarant que malgré les contradictions internes et les déceptions au PPRD il ne pouvait devenir prostitué ou vagabond politique après avoir été à l’UDPS et a adhéré dans des circonstances spéciales de la chute de la dictature de Mobutu. Il a connu la vraie face de la vie après l exercice de hautes fonctions: non fréquenté, renfermé sur sa famille et son travail de médecin gynécologue obstétricien qu’il n’a pas oublié tout en s’adonnant à finaliser sa thèse de doctorat en médecine à l université de Kisangani.Homme de foi: il n a pas perdu confiance en Dieu et l’avenir. La balle est dans le camp de tous les fils, toutes les filles de la grande Orientale, des dirigeants politiques de tous les partis politiques qu’il a servis fidèlement et les organisations de la société civile de se cotiser et de se mobiliser pour que la dépouille mortelle du Dr Jean Yagi Sitolo soit enterrée à Kisangani et que des hommages dignes et grandioses lui soient rendus pour ses œuvres. Condoléances à sa famille et à toute la province orientale.”

Notons que d’après les proches de la famille du regretté, Jean Yagi Sitolo est mort après une maladie à l’hôpital des indiens à Kinshasa.
Depuis l’annonce sur sa mort, des Tshopolais ne cessent de témoigner sur la vie du grand cantonnier, ancien ministre national de la santé.

Serge SINDANI

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