C’est un jeune officier militaire de vingt-neuf ans et quelques mois, qui accède au pouvoir en janvier 2001 à la suite de l’assassinat de son père Laurent-Désiré Kabila, le 17 janvier de la même année dans son bureau du palais de Marbre de Kinshasa. Accueilli par un certain mépris de la plus part des dinosaures qui ont fait carrière en politique aux côtés du Maréchal Mobutu et/ou de son père Laurent-Désiré Kabila. Des dinosaures de l’opposition ou de l’AFDL qui ne voyaient en lui qu’une “marionnette” à la solde de l’Occident.

Depuis, il est, ou son ombre est partout. On a l’impression à tort ou à raison que la République démocratique du Congo est un tout que lui seul contrôle et rien ne lui échappe pour être quasiment vénérer par le commun des mortels.

La Genèse

Prestations de serment, Joseph Kabila, 2001

Joseph Kabila qui enfile tôt le costume de président de la République, se trouve tout de suite devant un impératif : celui de trouver les collaborateurs devant l’accompagner au-devant de son destin ; pouvant conjuguer avec lui la présidence du destin de ce pays au cœur de l’Afrique et dont le cœur saigne, atteint par les balles qui ont descendu le “Soldat du peuple” : ” Ya M’zée“. Tolérons la tautologie.

L’homme n’ira pas chercher loin. Il ne fera que recruter dans cette pépinière des “vertébrés hostiles” juste à côté de lui : Mobutistes, Tshisekedistes, Lumumbistes ou nouvelles figures ; du professeur émérite des universités, au jeune de la rue, allégeance au nouveau guide. Quelle aubaine des collaborateurs ! Le mot est tellement important qu’il paraisse nécessaire d’y revenir : “collaborateurs“.

 

Entrée des membres du FCC à Kingakati

Peu à peu, on se rend compte qu’en fait, Joseph Kabila a trouvé et s’est entouré des “adorateurs“. Pas surprenant. Ils viennent pour la plus part de l’école du MPR où ils ont chanté et dansé sa majesté le Roi du Zaïre. Ils n’auront par la suite ni honte ni gêne de crier : ” Toko nguluma pona Raïs” (Ndlr : Nous allons ramper pour le Raïs Joseph Kabila).

Comment n’est pas imaginé que le novice en politique au faible commencement n’eut acquis la confiance en lui, encouragé notamment par des courbettes qui plient en deux qu’on lui offre, les louanges et adorations à longueur des journées ! Les mêmes qui faisaient descendre Joseph-Désiré Mobutu des nuages le soir avant le JT, au point qu’à défaut de faire de lui un dieu, en a fait un roi !

Ainsi, cet autre Joseph a pris de la hauteur, dominant progressivement les sujets qu’il dirige, au point de devenir indomptable, intraitable. Au point de faire bouger, trembler d’un simple regard. C’est l’autre visage du “Kabilisme”, de l’ancien patron de défense de la souveraineté nationale.
Joseph Kabila est resté égal à lui-même. Ses discours urbi et orbi, à la nation et au monde, assaisonnés aux ingrédients souverainistes ont une fois de plus dérouté l’univers feutré d’acteurs politiques congolais vendeurs d’illusions et leurs parrains.

Finalement, les adorateurs et leurs adorations deviendront tellement encombrants que le président de la République confortablement installé va s’en plaindre publiquement, regrettant de manquer ne serait-ce que 15 hommes, 15 collaborateurs, pour changer le Congo. Au moins ils lui ont déjà permis d’asseoir son pouvoir.

Un Remix

Il y a peu, à Lubumbashi, son retour en scène politique a clamé de gauche à droite par ses adeptes “encore membres fidèles du PPRD” pourtant sénateur en vie et qu’il semble afficher présent à ces théâtres, cependant, sous silence. Oui, l’homme à la grandeur.

Passation du pouvoir entre J. Kabila et F.Tshisekedi 2019

Au-delà de sa grandeur, l’UDPS a longtemps eu le prestige de trôner sur la classe politique congolaise pour n’avoir jamais collaboré officiellement avec Joseph Kabila, en dépit des quelques débauchages dans ses rangs. Elle s’est toujours présentée comme la vraie opposition, une façon de se démarquer des autres partis de l’opposition qui ont eu à flotter avec le camp Kabila. Cela, jusqu’à ce qu’arrivent les élections du 30 décembre 2018, où le fils Tshisekedi sortira plutôt dauphin après le spectacle burlesque digne du “théâtre de chez nous” que nous a offert l’opposition congolaise à Genève est honteux, rocambolesque, abracadabrant voir même déconcertant et loufoque.

Son aura, l’UDPS la doit aussi à ses militants, prêts à tout pour défendre le parti et ses cadres. À eux, on attribuerait volontiers la détermination, la confiance en soit, le manque de peur et autres qualités qui caractérisent un “combattant” comme ils s’appellent.

Mais ce jour-là, il a suffi que le président de la République son excellence Félix Tshisekedi fasse un malaise pour que les militants de l’UDPS, enfin, les combattants, exposent au grand jour leur peur au ventre. Ils ont tout de suite scandé le nom du coupable du malheur arrivant à leur Chef : Joseph Kabila. Plus tard, lorsque les experts se mettent à expliquer l’origine de ce malaise, les uns et les autres ont compris, on espère, que Joseph Kabila était observateur comme eux, de ce qui arrivait. Vous avez oublié, c’est ce fameux crash d’Antonov 72 transportant la voiture présidentielle dite “Blindée“.

À ce stade, on pouvait comprendre l’angoisse, l’anxiété d’un parti qui a vécu une trentaine d’années d’enlèvements et de meurtres, d’arrestations et de répressions, exprimer ses réserves de coaliser avec un ancien adversaire politique, note-t-on.
Sauf que, lorsque l’avion-cargo affrété par la présidence disparaît dans la nature, on se rend compte qu’il s’agit d’une seconde nature. Limete était en feu. Une fois de plus, le coupable, pour les combattants, s’appelle Joseph Kabila. Pourtant, les causes de cette disparition sont encore méconnues.

Et au-delà de sa vénération par nombreuses autres classes sociales et ou, politiques, les combattants ont fait de lui un roi. Un roi qu’ils ne vénèrent tout simplement pas, mais qu’ils craignent également. Convaincus qu’il a entre ses deux mains la vie de leur leader Félix Tshisekedi, et qu’il suffira à celui-ci de les claquer, pour que l’actuel président appartienne à l’histoire.

Rédaction

 

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